Le  quatuor indispensable en sélection canine :
l’Eleveur, le Scientifique, le Club de race, le Juge.

L’éleveur qui inscrit ses chiens au Livre des Origines Français (LOF) assume des obligations et des responsabilités qui vont bien au-delà de la simple production de chiots : identification ADN, confirmation, dépistages sanitaires, évaluation du caractère ou des aptitudes naturelles selon les races. Il ne peut être assimilé à un simple naisseur de chiens non-inscrits, dont la production échappe aux exigences de la sélection organisée.

Peut-être est-il bon de rappeler une réalité juridique souvent méconnue : Seuls les chiens inscrits au LOF (Livre des Origines Français) ont droit à l'appellation « chien de race ».  La carence de cette connaissance élémentaire est de nature à prêter à confusion ; on a vite fait de considérer comme Berger Allemand, Lagotto, Labrador … ou autre race, des chiens non-inscrits.  Cette distinction   essentielle  conditionne la qualité des informations recueillies et la pertinence du travail de sélection.

Il  peut  certes y avoir des comportements contestables. Toutefois, la plupart de  ceux qui inscrivent leur production au LOF, à fortiori   adhérents de leur association de race et voire signataires de la Charte d’élevage sont des  sélectionneurs. Néanmoins, ils travaillent avec du vivant,  ce qui implique inévitablement une part d’imprévu et d’accidents de parcours.

C’est à ce niveau qu’intervient la collaboration avec les scientifiques.  
Vétérinaires, généticiens, enseignants-chercheurs ou spécialistes de disciplines  ont besoin des retours de terrain pour faire progresser les connaissances. Les signalements des éleveurs permettent d’identifier des anomalies récurrentes, de rechercher d’éventuels gènes délétères, d’étudier les modes de transmission de certaines affections et d’évaluer leur fréquence au sein d’une population.

Entre ces deux acteurs, le club de race joue un rôle central. Sa mission ne se limite pas à l’organisation de manifestations ou à la promotion de la race. Il doit être un lieu de rassemblement, d’échange et de confiance. Il lui appartient de recueillir les signalements, de les analyser, de solliciter l’expertise scientifique. Rien ne peut être fait sans connaissance et prise de conscience de l’état du cheptel.  C'est au club de race d'organiser une veille active :  réunions élevage, enquêtes auprès des éleveurs, nationales et régionales d'élevage.  

C’est là où le quatrième acteur qu’est le juge d’exposition a son utilité. Lorsque certaines anomalies paraissent susceptibles de nuire à la santé, à la fonctionnalité ou au bien-être des chiens, il est souhaitable que ces observations soient transmises au club de race.   Le juge devient alors un observateur privilégié au service de l’amélioration collective.

En conclusion, prenons un exemple concret.
Un éleveur constate que sur une portée ou sur la descendance d’un chien, il lui est rapporté un problème oculaire, une fois, deux fois…. Dans l’idéal, il informe le club de race qui enregistre ces observations et consulte des scientifiques dévoués qui font ou non partie de commissions de la SCC (élevage, zootechnique, scientifique). Cela peut d’ailleurs être le juge qui constate une anomalie observée lors de ses évaluations.

La force du système réside précisément dans cette complémentarité. L’éleveur apporte son expérience quotidienne du terrain, le scientifique ses connaissances et ses méthodes d’analyse, le club de race sa capacité de coordination, et le juge son regard expert sur l’évolution de la race.   J’ajouterais que les réseaux sociaux peuvent également être une excellente source d’informations, sous réserve de vérifications bien évidemment.

Aucun de ces acteurs ne peut agir efficacement de manière isolée.  Ensemble, ils constituent un quatuor indispensable à la préservation et à l’amélioration durable des races canines.

Les protocoles, les données scientifiques, le travail zootechnique convergent vers une certitude : le bien-être de nos chiens de races ne peut être le fruit du hasard. C’est le résultat d’une démarche collective rigoureuse, pensée et maitrisée. Au bout de ce processus, il y  a quelque chose que la technique ne peut pas capturer : le regard épanoui d’un chien en bonne santé physique et mentale qui traduit la complicité avec son humain.

C’est pour cela que l’effort de ce travail commun vaut la peine.

Anne-Marie Class